La crise post-électorale qui secoue le pays a laissé des traces profondes dans plusieurs secteurs clés de l’économie. L’élevage, pilier de la sécurité alimentaire et de l’auto-emploi rural, n’a pas été épargné. Pisciculteurs, aviculteurs et porciculteurs font face à une situation critique où se mêlent insécurité, mévente et manque d’aliments. Décryptage.
Pisciculture : bassins à l’abandon, poissons en détresse
La pisciculture, pourtant en plein essor ces dernières années, est aujourd’hui fragilisée. Les coupures de courant liées aux tensions empêchent le bon fonctionnement des systèmes d’oxygénation et de fabrication d’aliment local. Dans plusieurs zones, les éleveurs ne peuvent plus accéder à leurs bassins à cause de l’insécurité ou du blocage des routes. Entre villes mortes et augmentation des tarifs de transport, il n’est pas facile de se diriger dans les fermes. Résultat : la mortalité piscicole grimpe, et les pertes économiques se chiffrent déjà en millions.
Aviculture : des poussins sans avenir
Du côté de l’aviculture, les fermes sont à genoux. Sans accès aux provenderies, les éleveurs se retrouvent à nourrir les volailles avec des solutions de fortune, parfois peu adaptées. Les poussins en croissance souffrent de carences, et les pondeuses baissent en productivité. Les éleveurs, acculés, se voient contraints de vendre à perte ou d’abattre prématurément leurs animaux.
Porciculture : entre vols et manque d’aliments
Les éleveurs de porcs, quant à eux, subissent une double peine. D’un côté, l’insécurité favorise les intrusions dans les fermes et le vol des cheptels devient courant. De l’autre, le manque d’aliments (sous-produits agro-industriels, concentrés, etc.) pousse les animaux à perdre du poids, compromettant la rentabilité des élevages. La situation est d’autant plus grave que ces animaux ont besoin d’un suivi régulier, même en pleine crise.
Crise alimentaire dans les fermes : un cercle vicieux
Face à l’urgence, les éleveurs ont dû prioriser la survie de leur famille. Les maigres économies prévues pour l’alimentation animale ont été détournées vers les produits de première nécessité. Les stocks de maïs, son de blé, tourteaux et autres intrants sont aujourd’hui épuisés. Les fermes tournent au ralenti, certaines ont totalement arrêté.
Des entreprises agroalimentaires en arrêt total
Les sociétés de fabrication d’aliments pour bétail, principales pourvoyeuses des fermes, sont elles-mêmes en arrêt ou fortement perturbées. Manque de personnel, difficulté de transport, blocages : toute la chaîne est cassée. Cette paralysie a un effet domino sur les petits exploitants qui dépendent totalement de ces usines.
Conséquences à court et moyen terme (1 à 6 mois)
– Baisse de production nationale de viande, œufs, poisson
– Inflation des prix des produits d’élevage
– Risque de pénurie alimentaire locale
– Découragement des jeunes dans le secteur
– Hausse des importations pour compenser les manques
Solutions urgentes à mettre en place
- Créer des couloirs sécurisés pour permettre aux éleveurs d’accéder à leurs fermes et aux paturages dans les zones fortement impactées tels que le Nord et l’extrème nord.
- Mettre en place des kits d’aliments subventionnés en urgence pour sauver les cheptels.
- Soutenir les éleveurs avec des aides financières directes ou bons alimentaires pour animaux.
- Rouvrir et sécuriser les provenderies dans les zones les plus sensibles.
- Créer des plateformes de solidarité entre éleveurs pour le partage de ressources.
La crise a mis en lumière la fragilité de notre système d’élevage face aux chocs politiques. Il est urgent de protéger ce secteur, car sans élevage, c’est une grande partie de la population rurale et urbaine qui s’enfonce dans la précarité.


